“Il faut se tourner vers une vision dynamique de l’entreprise”
Dans ce 6ème épisode de la Saga de l’ISR, un professeur d’économie de Paris- Dauphine prend la parole.
Jan Horst Keppler est également chercheur au Centre de géopolitique de l’énergie et de matières premières (CGEMP) et Directeur du programme énergie de l’Ifri. Ses domaines principaux de recherche sont les marchés d’électricité et du CO2 ainsi que la sécurité des approvisionnements. Il conseille régulièrement des institutions et des entreprises (Banque mondiale, Parlement européen, Agence européenne de l’environnement, EDF, Caisse des dépôts, RTE et autres) en matière d’énergie et de l’environnement. Ses compétences l’ont amené à exercer des responsabilités au sein de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), et à la division économique de la Direction de l’environnement de l’OCDE.
Quel est le lien entre performance sociétale et financière d’une entreprise?
La performance financière est un des piliers du DD. Dans une approche économique statique, une contribution aux autres domaines (social, environnemental…) est perçue comme négative pour la performance financière. Cela est vrai dans une vision purement statique préconisée par beaucoup d’économistes dans le passé. Mais il faut se tourner vers une vision dynamique de l’entreprise: les nouveaux produits, les nouveaux marchés, le nouveau positionnement de la firme effacent les contradictions entre les différents piliers du DD.
Le capital immatériel d’une entreprise peut-il se transformer en valeur ajoutée financière?
Le paradoxe du capital immatériel (image de marque, prestige, valeur auprès des clients…), c’est qu’il peut perdre de la valeur si on cherche trop à le valoriser. Il y a là un équilibre à préserver. Au quotidien, l’entreprise doit utiliser intelligemment la publicité et l’image de marque autour de ses actions en terme de RSE sans tomber dans l’extrême. A priori, le capital immatériel est du plus grand intérêt pour le développement durable : on crée de la valeur financière sans utiliser des ressources naturelles rares et sans impacts négatifs sur l’environnement.
Que montrent les travaux académiques à propos des liens entre gestion ISR et performance financière des portefeuilles ?
A priori, une gestion ISR ne joue pas dans l’absolu sur la performance financière des fonds. C’est le vieux paradoxe : si la bonne conduite augmentait la performance moyenne, tout le monde l’adopterait. Cependant nous n’avons pas non plus d’évidence qu’une gestion ISR aurait des résultats mois bons.
Mais la question de la performance d’un fonds ne se pose pas que dans l’absolu. IL faut également s’interroger sur la qualité de la croissance (et je parle en termes purement financiers). Ce n’est pas seulement la croissance financière moyenne qui nous intéresse mais sa variance dans le temps et la variabilité de ses résultats sur le long terme.
Les investisseurs doivent-ils s’orienter vers une gestion de long terme ?
C’est un choix qui leur est propre. Mais c’est vrai qu’il y a de plus en plus de raisons (comme le vieillissement de la population, le réchauffement climatique) pour lesquelles le futur lointain doit être pris en compte. Ce sont des enjeux où la prévisibilité de la croissance sur des très longs termes devient un enjeu. Dans le court terme, on peut très bien séparer performance financière, environnementale et sociale. Sur le long terme, la séparation n’est plus possible. Si nous nous préparons pour le long terme, c’est la rationalité économique même qui nous force à prendre en compte les interactions entre les trois dimensions.
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