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Karina Litvack, F&C:”Appliquons un bonus-malus aux rémunérations des dirigeants”

karina-litvack-new-2007.jpgRencontrée à l’occasion de la conférence Novethic sur le comportement responsable des investisseurs institutionnels le 5 décembre dernier, Karina Litvack nous a présenté son travail au sein de la société de gestion Foreign and Colonial. Pour elle, des solutions existent pour inciter les entreprises et leurs dirigeants à plus de responsabilité avec leur environnement.

Quelle est votre mission au sein de F&C ?

Voilà 11 ans que je suis entrée chez F&C Management. Auparavant, j’ai travaillé avec la banque d’investissement PaineWebber Incorporated (qui fait désormais partie du groupe UBS), et pour le New York City Economic Development Corporation, une société d’économie mixte de la ville de New York qui s’occupe de la régénération urbaine.

Aujourd’hui, je suis responsable de la Gouvernance et de l’investissement durable à F&C Management. Concrètement, je suis chargée de l’engagement actionnarial et de l’exercice du droit de vote pour les fonds de F&C Management. Cette approche est aussi connue sous le nom de reoÒ (Responsible Engagement Overlay).

Le but de reoÒ est d’établir et d’entretenir un dialogue avec les entreprises dans lesquelles la société investit, sur des sujets liés aux critères ESG, et avec l’objectif de créer de la valeur pour les actionnaires.

D’après vous, comment la crise financière va t-elle évoluer ?

« Cette crise reflète une série de manquements, survenus sur plusieurs maillons faibles d’une même chaîne. Ces manquements s’étaient accumulés depuis quelque temps avant de se rompre en bloc plus ou moins en même temps. Pris ensemble ces manquements ont entraîné l’effondrement exceptionnel et radical du système financier mondial.

Ce qui est remarquable, c’est que nous – ainsi que beaucoup d’autres – avions signalé bon nombre de ces problèmes depuis fort longtemps, même si comme tout le monde, nous avons été  surpris par l’ampleur de la correction. Au plan macro-économique, cela a commencé par un effondrement de la régulation des systèmes financiers dans la mesure où cette régulation n’a pas évolué au même rythme que les nouveaux produits à haut risque lancés sur le marché.  Ensuite ce fut le tour des banques. Les équipes de gestion des risques ont notamment mal fait leur travail.

« Dans la mesure où les équipes de gestion des risques manquaient à leur devoir les conseils de surveillance des sociétés auraient dû aller plus loin dans leurs interrogations des équipes dirigeantes et s’assurer que des contrôles adéquats étaient mis en place – visiblement, ils ont échoué. » Puis, les investisseurs auraient dû s’assurer que les dirigeants et le Conseil d’Administration avaient pris les bonnes décisions. Enfin, en bout de chaîne, les clients auraient pu exiger une analyse et une plus grande transparence de leurs placements de la part de leurs gérants.

Cet échec général soulève plusieurs questions. Tout d’abord, celle de la rémunération des banques. Quelle doit être la structure de l’intéressement, des stock options, des bonus  reçus par les dirigeants ? Chez F&C, nous ne sommes pas les seuls investisseurs à dire que les rémunérations ne sont pas bien conçues.

Par exemple, si vous promettez une rémunération rapide à un dirigeant, alors que les conséquences de ses décisions ont une portée de plusieurs années, il y a un déséquilibre. Il faudrait allonger ces rémunérations dans le temps, en fonction des résultats réels.

Cependant, la mondialisation exige que toutes les banques puissent avoir un comportement plus responsable dans le même temps. Or, les réactions sont très divisées selon les régions.

Aux USA, les droits de vote des actionnaires sont très limités, et les rémunérations des dirigeants atteignent des montants pharamineux. La crise montre que les critères ESG doivent apporter une réponse systémique à un problème systémique.

Une chose inédite s’est pourtant produite récemment : face à la crise, deux des dirigeants d’UBS ont rendu leur rémunération pour défaut de résultats. C’est une première ! De plus, le conseil d’UBS vient à peine d’introduire un système de “bonus/malus” qui prévoit de mettre de côté une partie des bonus.

Par voie de conséquence, d’autres banques ont été sommées de faire la même chose, comme Merrill Lynch par exemple : John Thain, le CEO de Merrill Lynch, a négocié la cession de la banque à Bank of America – ce qui a sauvé son institution – mais a demandé un bonus de 10 millions de dollars. Il serait intéressant de voir si le conseil de surveillance aura le courage de refuser ou insister sur l’instauration d’un bonus-malus à la UBS.

F&C souhaite t-elle voir une rémunération des dirigeants liée également à leurs résultats sociaux et environnementaux ?

En gros, oui – mais l’attitude des entreprises dépend en grande partie de la culture du pays : aux Etats-Unis, on vous répondrait oui, car à partir du moment où l’on accepte de rémunérer l’atteinte d’objectifs habituels tels que volumes de vente ou de production, il faut également récompenser l’atteinte d’autres objectifs si ces derniers sont importants. De fait, tout manquement sous-entendrait que ces objectifs ne sont pas prioritaires. Les dirigeants font ce qu’ils font pour qu’on les paie. Si on ne mesure pas les valeurs environnementales ou sociales à défendre, les défend-on vraiment ?

Par contre, notre expérience en France et dans d’autres pays, notamment latins, est totalement différente: ces objectifs sociaux et environnementaux sont importants pour des raisons purement morales, et l’argent ne devrait pas occulter ce point. Cela ne veut pas dire qu’on ne mesure pas la performance ou qu’on ne fixe pas des objectifs explicites autour de sujets tels que la sécurité/sûreté et l’environnement, mais on ne les lie pas à une rémunération.

A cela, quelques bonnes raisons: car si l’on si prend mal, cela peut amener à des effets pervers inverses: faible taux de report pour éviter d’être pénalisé, ce qui a pour conséquence que des problèmes ne sont pas détectés ou corrigés. Mais au bout du compte, il faut se demander: est-ce que les salariés vont vraiment modifier leurs habitudes de longue date si une formation est tout ce qu’on leur offre ? L’exemple des industries extractives au Kazakhstan nous a montré a quel point il est difficile de faire appliquer dans les faits le port du casque obligatoire par les salariés, même si l’entreprise l’a inscrit dans sa charte.  D’un autre côté, si le chèque en fin de mois est diminué car ils ont été pris en train d’enfreindre un règlement de sûreté, il y a de grandes chances qu’ils s’en souviendront le mois suivant.

Les règles de gestion de l’ISR semblent bien admises chez les investisseurs institutionnels. Pourquoi ne peut-on pas en dire autant des particuliers ?

Comme tout un chacun, l’investisseur institutionnel est en attente de résultats, même sur du court ou moyen terme. En attendant de statuer définitivement sur la sur ou sous performance de l’ISR, il fait ses arbitrages entre le temps et le rendement.

Mais la démarche d’activisme actionnarial est également une possibilité qu’offre l’ISR. En tant que propriétaire de l’entreprise, on a le droit d’analyser et d’identifier les lacunes et les résultats de l’entreprise. Avec le temps, des corrections s’effectuent et les effets s’en ressentent sur le cours de bourse.

Ce que les particuliers viennent petit à petit à comprendre, c’est qu’il en va de même avec leur épargne. Quand ils entrent dans leur banque, et choisissent un produit d’épargne, ils peuvent aussi agir et avoir une influence sur les entreprises.

Comme on achète du lait ou des fruits, le fait d’épargner doit éveiller les questions des particuliers : mon argent, qui vient s’accumuler dans les banques, a-t-il un pouvoir sur les entreprises ? La réponse est oui. Mais les investisseurs ont une influence sous utilisée depuis longtemps.

La participation des institutionnels s’est démultipliée. Pas en pratiquant l’exclusion, mais en faisant preuve de conviction. On ne boycotte pas une entreprise, on lui donne des arguments pour s’améliorer. Les particuliers peuvent aussi bien jouer ce rôle avec leur épargne.

Propos recueillis le 5/12/08

Foreign and Colonial propose des fonds ISR (Stewardship Inernational) et thématique (Global Climate Opportunities), bientôt disponibles dans le contrat ISR Vie de J’Epargne Utile.


Publié le 16/12/2008    Imprimer ce contenu    Envoyer cet article par email

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