L’engagement actionnarial selon F&C : «Vote with a voice»

Karina Litvack, F&C
En développant la méthode reo® (pour Responsible Engagement Overlay), F&C souhaite faire la promotion des bonnes pratiques environnementales, sociales et de gouvernance « ESG » auprès des sociétés dont elle est actionnaire. Un écho trouvé également auprès de plusieurs autres institutions financières l’ayant adopté pour un total de plus de £7 milliards de fonds gérés.
reo® consiste à effectuer une évaluation qualitative des pratiques ESG, et pousse les entreprises à réfléchir de manière approfondie sur l’ensemble de leur activité. C’est l’occasion pour F&C d’établir et d’entretenir un dialogue avec les entrepreneurs, et pour ces derniers de bénéficier d’un point de vue externe sur leur activité.
C’est notamment le cas dans certaines sociétés familiales cotées qui maintiennent une participation majoritaire ou du moins influente. Les problématiques de promotion interne du personnel y sont parfois difficiles à traiter. Inconsciemment, la tradition familiale tend à écarter les personnes extérieures à la famille des postes à responsabilité, en invoquant des raisons de confiance. Dans ce cas, le tabou peut être levé par la médiation et l’intervention d’un acteur extérieur comme l’investisseur, qui apprécie la contribution d’un management professionnel fort et « orienté actionnaire ».
Pour F&C, « le conseil n’est pas décoratif »
Plus qu’une représentation de ses clients, le vote en assemblée fait partie de l’ensemble de l’accompagnement pour F&C. Cette approche pédagogique ouvre la discussion avec les investisseurs sur des questions telles que les politiques de développement durable, par exemple. Pour Karina Litvack, responsable de la gouvernance et de l’investissement durable chez F&C, « le conseil n’est pas décoratif », mais sert à faire avancer ces sujets concrètement.
C’est aussi l’occasion de rencontrer d’autres acteurs ou dirigeants d’entreprise dans un cadre moins formel. Les réunions programmées avec les experts ou d’autres collèges d’entreprise ont pour objectif d’aborder les sujets plus en détail, et d’amorcer ainsi la remontée d’informations aux dirigeants.
Cette intervention dans la stratégie de l’entreprise est parfois prise comme une intrusion et difficile à accepter pour certaines sociétés. L’investisseur doit alors s’allier à d’autres actionnaires pour peser dans les décisions et rester dans une logique de progression et non de démission en sortant du capital de l’entreprise. Si le vote en AG n’est pas une fin en soi, il s’agit surtout d’amener les entreprises à s’intéresser aux enjeux autres que financiers. Ce fut le cas pour 2 des plus grosses entreprises pétrolières de Russie, qui se sont penchées sur leurs impacts environnementaux après l’intervention d’actionnaires « actifs ».
Dans le cadre de la méthode reo®, F&C a rencontré à ce jour 180 entreprises, ayant toutes un poids conséquent dans les actifs. Pour les autres, un dialogue « épistolaire » est enclenché afin d’entretenir les liens entre elles et l’investisseur.
ClimateWise, un exemple d’action concrète
F&C agit également sur les thématiques de l’environnement et du changement climatique. L’initiative ClimateWise, en Grande Bretagne, est un exemple éloquent en matière de lobbying politique et règlementaire. Cette démarche initiée par F&C fut parrainée et lancée par le Prince Charles en 2007 lors d’un diner auquel les assureurs de la place étaient conviés. Une invitation qui ne se refuse pas… S’ensuivit une action menée brillamment outre manche. Après des semaines de travail par un groupe de 16 organisations, 6 grands principes ClimateWise ont été édités afin de réduire le risque de changement climatique. Aujourd’hui, le programme ClimateWise est suivi par une quarantaine de compagnies d’assurance britanniques et américaines ayant des activités à l’échelle mondiale.
Aux Etats-Unis, toutes les compagnies d’assurances américaines dont les primes annuelles sont supérieures à 500 millions de dollars seront obligées de publier un document révélant leur exposition aux risques climatiques dès 2010. Cette décision intervient alors que les pertes dues aux catastrophes naturelles dans le monde ont atteint 269 milliards de dollars en 2008, selon Swiss Re. Sur cette somme, 45 milliards liés aux catastrophes naturelles ont été couverts par les assureurs, un montant en augmentation exponentielle ces dernières années. Pour les investisseurs, il s’agit d’aider les assureurs à prendre en compte le coût de risque à venir dans la conception actuelle des produits, mais aussi d’accepter d’être moins compétitifs aujourd’hui que d’autres assureurs ayant fait le choix d’ignorer ces risques…
Les assureurs français mettent la main à la pâte
L’Association française de l’assurance (AFA) a publié récemment une charte de développement en cinq points, visant à :
- Se positionner comme acteurs responsables du développement durable
- Contribuer à la lutte contre le changement climatique et à la préservation de l’environnement
-Accompagner le développement économique, la participation à la réduction des vulnérabilités sociales, et contribuer à une protection sociale durable
- Encourager une politique d’investissements responsables
- Développer le fonctionnement des sociétés d’assurances dans un cadre environnemental et social responsable
Même si c’est une très bonne nouvelle, il reste encore du chemin à parcourir pour les assureurs français. La FFSA (Fédération Française des Sociétés d’Assurances) a justement mené une étude sur les impacts du changement climatique qu’elle présentera le 29 avril prochain. A suivre …
Pour en savoir plus
Interview de Karina Litvack du 5/12/08
Rapport trimestriel http://www.fandc.com/new/france_institutional/
Etude de cas sur la gouvernance d’entreprise dans les pays émergeants qui permet entre autres d’aborder des problématiques d’actionnaires dominants. Rapport publié sur le site de F&C et envoyé à plus de 1000 entreprises pour les aider à évoluer dans ce domaine.
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