L’interview de Xavier de Bayser, président d’I.DE.A.M
Xavier de Bayser - Président d’IDEAM
Diplômé de l’ESCP, il rejoint le Crédit Chimique (Groupe Péchiney) en 1972, où il assure, notamment, la Direction Financière de Corifrance, la Direction Générale de Treilhard Gestion et la Présidence de France Instruments Financiers.
En 1988, il crée Finindice, première société de gestion quantitative en France, devenue ABF Capital Management en 1995, dont il assure la Vice-Présidence et la Direction Générale. Depuis décembre 2000, date à laquelle la société a intégré Crédit Lyonnais Asset Management, il est le Président du Directoire d’ABF Capital Management.
En juillet 2003, il prend la Présidence d’IDEAM (Integral Development Asset Management) dont il est co-fondateur. IDEAM est une société de gestion dédiée à l’investissement socialement responsable, filiale de Crédit Agricole Asset Management Group.
Xavier de Bayser est, par ailleurs, Président du Comité Médicis, instance de réflexion et de dialogue sur les grandes questions touchant au développement durable, en particulier dans son rapport avec la finance.
Pouvez-vous nous présenter votre société ?
IDEAM est la première société de gestion d’actifs à s’être entièrement spécialisée dans l’investissement socialement responsable. Créée en juillet 2003, IDEAM a hérité de l’expertise de FININDICE première société de gestion quantitative en Europe, il y a plus de 20 ans. Nous n’opposions alors pas quantitatif à qualitatif, mais abordions la gestion de façon disciplinée avec un risque contrôlé avec pour objectif un maximum de transparence.
Nous avons amorcé notre démarche ISR dès 1998 avec la création de la sicav Europe Gouvernance. Puis nous avons peu à peu amplifié notre engagement en développant des fonds couvrant plus largement les critères environnementaux et sociaux. Aujourd’hui, IDEAM gère une gamme diversifiée de fonds éthiques, solidaires et de développement durable.
Selon vous, vers quoi va évoluer l’ISR ?
Encore aujourd’hui, il existe une confusion entre les différentes approches ISR. A l’origine, on parlait surtout aux Etats-Unis de fonds éthiques. L’approche dite best-in-class, qui sélectionne les meilleures entreprises de chaque secteur selon des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance est apparue il y a une dizaine d’années en Europe continentale.
Les études de Novethic montrent que, bien que marginale par rapport au mainstream, la part relative de l’ISR progresse de façon très importante. Cela explique que la plupart des sociétés de gestion s’intéressent aujourd’hui à l’ISR, mais elles en oublient souvent le « S » qui en fait toute sa spécificité, « S » est pour social mais aussi pour solidaire.
Les nouveaux fonds thématiques du marché de l’ISR portent d’ores et déjà sur des secteurs se développant au rythme des mutations de notre société : services à la personne, environnement, traitement des déchets, énergies nouvelles…
Pourquoi prendre en compte les aspects environnementaux, sociaux et de gouvernance lors de la sélection des entreprises ?
L’environnement est un concept en apparence simple. Les prises de conscience et l’actualité autour des changements climatiques en ont logiquement fait un critère intégré dès l’origine dans les gestions ISR. C’est également le volet du développement durable le plus évident à appréhender par l’entreprise, donc celui sur lequel les indicateurs sont les plus aboutis.
En ce qui concerne le social, l’analyse d’IDEAM s’intéresse moins à la notion de « ressource humaine » qu’à celle de « potentiel humain ». L’approche du développement durable sous entend d’accorder plus d’importance au potentiel humain afin de déceler les véritables talents.
L’analyse de la gouvernance se développe aujourd’hui mais il reste beaucoup de travail à faire sur la définition des termes et sur les limites que doivent se fixer les investisseurs. Jusqu’à quel point une entreprise doit-elle être transparente ? Que recouvre la sphère de ce qui doit être communiqué ? Voici quelques unes des frontières qui restent à définir. Pour autant, même si la corrélation entre bonne gouvernance et performance de l’entreprise est difficile à prouver, les exemples de faillites liées à un défaut de transparence imputable à de mauvaises pratiques de gouvernance ne manquent pas.
La recherche stratégique d’IDEAM a développé un département d’Intelligence économique s’appuyant sur des outils de veille permettant de mesurer la distance entre ce que disent les entreprises et ce qu’elles font réellement sur le terrain.
La collecte de ces informations permet d’enrichir l’analyse financière classique, particulièrement en ce qui concerne les questions de gouvernance. Le traitement des informations publiques pertinentes mettent en lumière les relations qui existent, d’une part entre les entreprises, mais également entre les entreprises et les sociétés d’investissement.
Enfin, quelle est votre définition du développement durable ?
Le concept est anglo-saxon, mais il définit un résultat, un objectif à atteindre. L’urgence est aujourd’hui de savoir comment faire en sorte que nous puissions bénéficier d’un développement durable.
Intellectuellement et culturellement il est impossible de rassembler tout le monde autour de ce concept sans en clarifier le sens. A priori, tout le monde y est favorable, mais que recouvre le terme « développement » pour les Chinois et que signifie « durable » pour les Russes ? On comprend toute l’importance de la terminologie qui donnera le sens donné à une action.
Je pense que le terme qui devrait faire consensus est Harmonie. Il faut, je crois, « ré-harmoniser » le monde, recréer le lien entre les hommes et la nature afin que le lien homme-homme se rétablisse. La voie vers le développement durable est donc cette ré-harmonisation qui nécessitera un changement des comportements et un changement culturel.
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