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La microfinance est-elle vraiment responsable ?

Des taux usuriers, danger de la microfinance. Illustration de David Simonds pour The Economist

Des taux usuriers, danger de la microfinance. Illustration de David Simonds pour The Economist

Les attentes sont nombreuses de la part de ceux qui voient dans la microfinance « la » solution pour sortir de la crise. Mais ce secteur encore jeune vacille entre opportunités et risques, au point de susciter de vraies questions sur son avenir.

Au départ: une banque pour les pauvres, des valeurs de partage et de bons sentiments

La microfinance consiste à promouvoir des activités génératrices de revenus parmi les populations pauvres grâce aux investissements privés.  A ces milliers (milliards ?) de foyers à faibles revenus et généralement exclus du système financier classique, la microfinance entend apporter toute une série de services et de produits financiers, dont notamment le prêt, l’épargne, l’assurance, et le transfert de fonds. Il suffit d’imaginer le nombre de personnes à travers le monde à qui une petite somme d’argent (de 300 à 3000€) permettrait de créer son activité pour cerner le potentiel de ce secteur.
C’est à Mohammed Yunus que l’on doit la primeur du concept de la microfinance, depuis la création de la Grameen Bank en 1978. L’idée a séduit les personnalités politiques et économiques du monde entier, reconnaissant en outre la manne financière à portée de main qui s’offrait à eux. Depuis, la crise a frappé et des attentes nouvelles redonnent à ce principe une actualité particulière.

La microfinance nous donne des raisons d’espérer. Echaudés par la spéculation, les dangers de la dérégulation, le manque de transparence, les investisseurs se représentent de plus en plus les avantages d’une « bonne » finance. L’actualité donne également de l’écho aux préoccupations liées à l’environnement, à l’aide au développement, à la solidarité. Ce que propose la microfinance- mais aussi l’Investissement Socialement Responsable ou l’épargne solidaire- est notamment de remettre la finance au service de ceux qui en ont besoin, dans des valeurs de partage, de transparence et de solidarité.

Les dangers de la microfinance proviennent de sa croissance non maitrisée

Mais il ne faut pas occulter les difficultés de la microfinance à s’organiser. Si on sait déjà le peu de connaissance du grand public sur l’ISR, on connait moins les risques de dérives du microcrédit. Le premier ecueil consiste à faire la charité aux plus pauvres tout en les maintenant dans la misère. Certaines voix dénoncent déjà ce qui serait un renouvellement des erreurs du passé : maintenir les pays en développement dans une dépendance vis-à-vis des pays riches et de leurs institutions. C’est pourquoi les institutions de microfinance (IMF) ont vocation à s’effacer dès lors que les bénéficiaires ont assez de revenus pour entrer dans le système bancaire et financier “classique”.
Il ne faut pas négliger non plus le danger que représentent la multiplication sauvage des organismes de microfinance, sans modération ni régulation. C’est déjà le cas en Bolivie, en Inde, au Bangladesh aux Philippines et dans d’autres régions du monde où les emprunteurs cumulent les demandes auprès des organismes, quitte à s’endetter de façon irrationnelle. Dans le pire des cas, certaines institutions n’hésitent pas à pratiquer des taux usuriers supérieurs à 100%.

Résultat d’une croissance non maitrisée, le danger d’un effondrement guette t-il le microcrédit ? Heureusement, des pistes d’amélioration du système existent. De nombreux acteurs du secteur (organisations de la société civile, médias, banques) attirent l’attention sur ses limites. Ils plaident pour une mesure plus rigoureuse des bénéfices sociaux tirés par les emprunteurs. Dans les prochaines années, il sera nécessaire de développer des outils de mesure de l’impact social sur une famille, une région, un pays. Des centrales de crédit pourraient également empêcher que les clients empruntent auprès de plusieurs institutions de prêt, et ne s’enfoncent dans le surendettement pour des crédits à la consommation. Les retours d’expérience des institutions bancaires classiques après la crise pourraient également donner jour à des normes et labels garantissant le sérieux des organismes préteurs.
On peut enfin imaginer que les investisseurs privés ne cherchent pas un rendement financier élevé à tout prix, mais s’ouvrent à de nouvelles mesures de la richesse créée..

 

Voir aussi:

L’ADIE tourne les patrons en dérision

Semaine du Microcrédit: devenez votre propre patron!

Social Business: un modèle plus digeste pour Danone

Le Crédit Agricole est séduit par la microfinance

Planet Finance soutient l’art et la solidarité


Publié le 19/06/2009    Imprimer ce contenu    Envoyer cet article par email

1 commentaire

et quelques articles trouvés sur ce site de la solidarité :
http://www.youphil.com/fr/article/0571-le-succes-du-microcredit-en-ligne?ypcli=ano
http://www.youphil.com/fr/article/0534-lancement-de-microcredits-en-seine-saint-denis?ypcli=ano



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